L'entraîneur du Grand Béziers vient de nous quitter. Il fut champion une fois comme joueur et sept fois comme entraîneur. Son empreinte fut colossale sur le rugby français, à la tête d'un club qui ne jouait presque qu'avec des gars du crû.

 

Raoul Barrière est décédé vendredi matin, à Béziers bien sûr, cinq jours après son 91eme anniversaire. Il a laissé une trace immense dans le rugby français en tant qu'entraîneur du Grand Béziers. Il a conduit le club à sept reprises au sommet du rugby français. Grâce à lui, les Biterrois ont soulevé le Brennus en 1971, 1972, 1974, 1975, 1977 et 1978 plus trois Du-Manoir. Se rend-on compte que Barrière avait vécu des saisons à zéro défaites toutes compétitions confondues (71-72 et 77-78) ?

Auparavant, il avait été un excellent pilier, champion en 1961, international à une reprise face à la Roumanie en 1960. Il avait aussi participé à la légendaire tournée du XV de France en Afrique du Sud en 1958.

Son apport au rugby français fut colossal en tant que technicien. Il avait fait d'un groupe champion de France Reichel en 1968, une machine de guerre redoutable par ses résultats, mais aussi par son style novateur (et si injustement critiqué). Professeur d'EPS de formation, Raoul Barrière était d'abord un éducateur, un chercheur, un homme qui avait fait progresser ses joueurs comme peu l'auraient fait à sa place. Car à cette époque, les clubs ne recrutaient pas à tour de bras. Barrière fut champion avec les joueurs qu'il avait sous la main. La grande majorité était née dans un rayon de vingt kilomètres autour du stade. Barrière avait su fédérer de grosses personnalités, il avait créé une sorte de dynamique de groupe où les joueurs étaient partie prenante, même si ce n'était pas tous les jour facile. Mais il pouvait aussi s'appuyer sur un capitaine hors du commun Richard Astre.

 

Un système de jeu révolutionnaire 

Barrière et ses élèves avaient forgé un système de jeu révolutionnaire où les avants franchissaient la ligne d'avantage les premiers, souvent en se faisant de petites passes courtes vers l'intérieur. La notion de soutien était fondamentale, elle prenait le pas sur le culte de la jolie passe où sur la percée individuelle. Puis, les trois quarts prenaient le relais pour conclure en faisant parler leur vitesse.

Il gagna son dernier titre en 1978, de la plus jolie des manières d'ailleurs puis tira sa révérence au début de la saison suivante après une algarade avec le deuxième ligne Alain Estève, qui incarnait pourtant sa plus belle réussite en tant qu' éducateur. Mais sa carrière ne s'arrêta pas là, on le revit ensuite aux commandes de Valence, de Millau puis de Narbonne à la fin des années 80. On l'oublie souvent, il avait quand-même amené le club audois aux demi-finales de 1988 et 1989 et à la victoire en Du-manoir 90, avec un groupe moins talentueux que celui de Béziers. Il fit ensuite une pige à … Neuilly. Mais si l'on doit garder une seule image de lui, ça restera la fin de la finale 1978 quand Béziers surclassa une ASM très opiniâtre jusque-là. Ce jour-là, Béziers a touché le soleil.

 

 

    Jérôme Prévot

    Journaliste

    Féru d'histoire, boulimique d'information, ce supporter des Girondins de Bordeaux et de Dimitri Yachvili (à propos duquel il écrivit un jour : « Une équipe comptant Yachvili dans ses rangs n'a jamais perdu d'avance ») ne cache pas une fascination pour la planète people et pour le rugby international. Il aime tous les débats mais sait se montrer intransigeant : l'amour du maillot est la plus belle des vertus, l'arrêt Bosman un drame absolu. S'il avait un proverbe, ce serait celui-ci : le beau jeu, c'est celui qui gagne.