Ce dimanche à Twickenham, Mathieu Bastareaud (30 ans, 50 sélections) et Manu Tuilagi (27 ans, 28 sélections) vont se retrouver une nouvelle fois face à face. Deux monstres physiques qui ne font pas dans la dentelle pour faire avancer leur équipe.

C'est un duel explosif auquel on va assister ce dimanche à Twickenham. Un tête à tête viril qui fait saliver et promet quelques étincelles entre deux joueurs hors normes. D'un côté l'Anglais Manu Tuilagi (1,85m, 111 kg), de l'autre le Français Mathieu Bastareaud (1,83m, 120 kg). Deux monstres physique qui s'était déjà croisé le 23 février 2013. Ce jour-là, le trois-quarts centre de Leicester avait pris le dessus sur le Toulonnais, cassant de nombreux plaquages et marquant un essai qui avait permis au XV de la Rose de prendre une avance décisive. Jacques Brunel compte cette fois sur lui pour museler un Manu Tuilagi toujours aussi explosif : "Ce n’est pas un retour en grâce mais Mathieu est une option importante pour notre équipe face à une équipe d’Angleterre qui va certainement nous imposer beaucoup de puissance, avec un Tuilagi de retour à son meilleur niveau, explique le sélectionneur. L’expérience de Mathieu va compter. Tout le monde le sait, les adversaires le craignent et ses coéquipiers sont contents de l’avoir à leurs côtés. J’espère que cela aura un impact." Cela promet surtout quelques chocs spectaculaire.

Mathieu Bastareaud : hors de sa cage

L'homme a été touché. Le joueur a piétiné d'impatience. Mathieu Bastareaud, le grand absent lors du match face au pays de Galles, retrouve sa place au centre de l'attaque française ce dimanche pour le "Crunch". Une mise à l'écart après plusieurs mois où le centre toulonnais avait porté les Bleus à bout de bras dans les tempêtes successives. Il a du mal à cacher son agacement : « Des choix sont faits, on peut les aimer ou pas mais il faut les accepter. J’ai entendu et compris ce qu’on m’a dit. » Le lion est prêt à sortir de sa cage. Une situation que Mathieu Bastareaud connaît bien pour avoir fait souvent des allers retours chez les Bleus, souvent annoncé comme le sauveur avant d'être pointé du doigt comme le fossoyeur du jeu tricolore. C'est toujours excessif avec le Toulonnais. Il en est conscient : "C’est un peu l’histoire de ma carrière. Depuis le début, cela n’a jamais été facile pour diverses raisons. Il y a des choses qu’on ne peut pas maîtriser, comme le choix des entraîneurs. Avec l’expérience, on sait que c’est dans ces moments-là qu’il faut se concentrer sur soi-même et sur ce qu’on peut maîtriser, comme l’implication. La semaine dernière, j’ai essayé d’aider au mieux le groupe et de beaucoup travailler pour pouvoir répondre présent si le staff faisait de nouveau appel à moi." Réponse attendue ce dimanche. 

Manu Tuilagi : ingérable mais indispensable

C'est l'enfant terrible du rugby anglais. Joueur exceptionnel, souvent cité parmi les meilleurs au monde, Manu Tuilagi sort d'années de galère, gâchées par les blessures (côtes, genou, adducteurs et hanche). Tout le monde attendait son retour en sélection nationale. Même Eddie Jones avait décidé de lui tendre la main en 2017 alors que le centre de Leicester n'avait pas encore retrouvé son niveau sur le terrain. Aussitôt rappelé, sitôt viré. Lors de son premier stage dans un groupe élargi de 37 joueurs, il fait le mur pour filer au pub. Ce nouvel écart était alors vécu comme la fin de la carrière internationale du bulldozer des Tigers. En effet, Tuilagi collectionne les histoires improbables depuis le début de sa carrière : saut d'un ferry dans la baie d'Auckland après l'élimination de l'Angleterre de la Coupe du monde 2011. Oreilles de lapin à David Cameron, premier ministre anglais, sur la photo officielle alors que le XV de la Rose avait été convié au 10 Downing Street en 2013. Agression d'un chauffeur de taxi puis de deux policières venues à la rescousse en 2015. 2019 doit être l'année de son retour en grâce. Sa prestation en Irlande va dans ce sens. "Manu Tuilagi fait rebondir les défenseurs comme un petit gros dans une piscine à boules", commentait le Guardian pour saluer le retour de l'enfant terrible. 

Nicolas Augot

Journaliste

Il est arrivé à Midi Olympique en janvier 2006. D'abord basé à Paris, ce natif du Gers a finalement rejoint la rédaction de Toulouse. Pionnier de l'internet sur rugbyrama, cet ex-collaborateur de Attitude Rugby au regard perçant a suivi le quotidien du SU Agen et, depuis août 2013, de l'Aviron bayonnais. Quand il parle, on l'écoute. Le premier journaliste à repérer le talent de Maxime Médard, c'est lui : il en avait fait l'une des personnalités centrales d'un long documentaire consacré à la promotion 2005 du pôle France de Marcoussis.