Vainqueur en Top 14 pour la première fois depuis le 15 septembre, le SUALG a frappé un grand coup chez le champion. La suite logique, finalement, d’un frémissement né ces dernières semaines.

Andres Zafra, comme un symbole. La semaine passée, le premier Colombien à évoluer dans le rugby français était resté de longs instants au sol, catastrophé, après avoir commis un en-avant sur le dernier ballon d’attaque des Agenais alors qu’ils étaient menés 18-15 sur leur terrain par le MHR. Huit jours plus tard, le joueur de 22 ans est aussi resté de longues minutes sur la pelouse après le coup de sifflet final. Pour exulter cette fois. Le deuxième ligne venait de marquer l’essai de la victoire, à la dernière minute de jeu, après avoir contré un dégagement de Rory Kockott long comme un jour sans pain. « Paul Abadie m’a dit : « Il va taper à gauche ! » Du coup, je suis monté, j’ai contré et j’ai couru comme un fou, racontait-il dans un français parfait après la rencontre. Je me répétais : « La balle va sortir, la balle va sortir ! » Et puis non (sourire). » L’histoire est belle. Arrivé en France, à Givors en Fédérale 3 en 2015-2016, le joueur, prêté par le Lou cette année, a offert à son club sa première victoire à l’extérieur de la saison. « Je venais ici pour m’amuser et prendre du plaisir. Finalement, je me retrouve à marquer l’essai de la gagne chez le champion de France… »

Si on vous parle de symbole, c’est parce que cet essai d’Andres Zafra dézingue, à lui tout seul, toute la malchance endurée par les Agenais depuis le début de l’année. « On dit toujours qu’on n’a pas de réussite, c’est une généralité, mais ça fait du bien d’avoir un peu de chance, souriait le deuxième ligne Denis Marchois après le match. On aurait pu regretter beaucoup de choses une nouvelle fois, parce qu’il y a encore eu plusieurs occasions d’essais manquées et deux ou trois ballons importants perdus en touche mais pour une fois, on se fait payer. Pour une fois, la chance était avec nous. C’est pour tous ces moments où on n’en a pas eu ! » La chance, ça se provoque il paraît. Et les Agenais ont sacrément forcé le destin samedi soir à Pierre-Fabre. Déjà devant à la mi-temps (6-3), ils ont tenu et n’ont jamais permis aux champions de France d’imposer leur jeu. La clé ? Un jeu au pied enfin adéquat et une défense intraitable (91 % de plaquages réussis, soit 145 au total).

Le bonjour de Mauricio

« On a grandi, assurait le manager Mauricio Reggiardo à la sortie des vestiaires. Si on compare le match fait ici l’an dernier (défaite 43-28, N.D.L.R.) et celui-ci, on voit qu’on joue comme une équipe de Top 14 désormais. On joue au pied, on défend, on joue les turnovers. Il y a eu une grande évolution dans cette équipe. » Qui n’était pas évidente depuis le début de la saison, il faut l’avouer, mais qui point depuis un gros mois. Après le match nul à domicile contre Grenoble (9-9), Denis Marchois avait tiré la sonnette d’alarme. « Il y a un état d’esprit moins engagé que l’an dernier. Ce qui me dérange, c’est qu’on a moins peur. Un truc a changé », avait-il déploré, avant que l’équipe ne se retrouve pour une soirée en commun : « Depuis le début de l’année, on n’a presque rien fait ensemble et ça va faire du bien à tout le monde de se retrouver. » Bingo. « Le groupe vit de mieux en mieux, reprenait le joueur, auteur de 19 plaquages samedi. Je retrouve les conneries de l’an dernier, où ça rigole mais ça bosse très bien et beaucoup. Où on ne se prend pas pour d’autres, où on est tout petits, où on se tait mais où on est efficaces. Il nous fallait peut-être un peu de temps… Notre capitaine de vie de groupe, Marc Borthomeuf, organise des activités qui nous resserrent. Ce sont des trucs nuls, genre des paintballs, mais on rigole bien. Ça a l’air anodin mais je pense que ça y fait. »

Depuis un peu plus d’un mois, Agen va mieux. Ses récents résultats en attestent. Cette victoire l’officialise. « Nous avions fait un gros match à Toulouse sans être récompensés (défaite 10-0) puis un gros match à La Rochelle où nous avions ramené un bon bonus défensif (33-29). Ce succès s’inscrit dans la continuité de ces performances, concluait Mauricio Reggiardo. Quand on joue le maintien, il y a beaucoup plus de défaites que de victoires. Vous arrivez le lundi et il faut toujours croire que c’est possible. C’est plus facile d’y croire après une victoire… » Il y avait une certaine émotion dans la voix du technicien argentin samedi soir. Engagé avec le CO pour les trois prochaines années, il a forcément vécu un match particulier. Il s’en défendait pourtant : « Je suis salarié d’Agen. Tous les mois quand ça tombe à la banque, c’est Agen qui me paye. Je défendrai cette équipe jusqu’au 30 juin avec beaucoup d’engagement, d‘investissement et de cœur. Je vais partir et je veux bien partir. » Cette victoire dans son futur club constitue un joli pas vers le maintien.

Emilie Dudon

Journaliste

Vous avez déjà joué au rugby ? Elle, oui ! Et fut même championne de France (troisième division) en 2002 avec l'Entente Bon-Encontre-Lectoure au terme d'une saison exceptionnelle : 534 points marqués, 89 essais, 11 victoires en 12 matchs disputés toutes phases confondues. Elle était une centre percutante, elle est devenue journaliste talentueuse s'appuyant sur un caractère en béton armé pour survivre dans « ce monde de mâles ». Jusqu'au boutiste et passionnée, elle vit chacune des rencontres du XV de France, du Montpellier Hérault Rugby - qu'elle suit prioritairement pour Midi-Olympique- et du SU Agen – sa ville de naissance - avec une angoisse non-feinte. En constante recherche d'excellence, elle n'a qu'un seul crédo : vérifier et revérifier ses informations.