Pau - La Section a évité un camouflet majeur en l’emportant à l’arraché face au promu. Si la balance des résultats est positive, il y a tout de même de quoi se poser des questions du côté du Hameau.

Lors de la réception du Stade français, Simon Mannix avait pour la première fois, d’après ses dires, entendu le Hameau siffler ses troupes. Deux semaines après, ce son strident et déplaisant commence à devenir familier à ses oreilles. Samedi, une grande majorité des 12 226 spectateurs présents au stade a de nouveau hué ses favoris. À deux reprises, même : à la mi-temps et à trois minutes de la fin quand l’Usap venait d’égaliser, somme toute logiquement au regard de la physionomie du second acte.

Le sursaut d’orgueil béarnais et surtout la fébrilité du promu ont permis à Thibault Daubagna et ses partenaires de s’éviter une troisième salve avec une ultime pénalité de la gagne convertie par Antoine Hastoy. Simon Mannix ne pouvait rien retenir d’autre de positif de cette purge de quatre-vingts minutes : "Oui, c’était un match pourri, nul à chier mais il y a quatre points, tranche le manager. Les derniers instants montrent le caractère de l’équipe. Surtout concernant les jeunes joueurs. Je crois en mon groupe. Peut-être que pour une fois, j’ai raison…" Et le Néo-Zélandais de placer, au passage, une circonstance atténuante de taille : "Quand je vois les joueurs en costumes sur ce match, je me dis que je peux vraiment être content du résultat." Vu comme ça, et vu de loin, sa Section préserve l’essentiel et sauve bien les apparences. Les quatre unités arrachées samedi viennent s’ajouter aux treize déjà cumulées sur le premier bloc, positif sur le strict plan comptable avec quatre succès – face aux quatre derniers du classement — pour trois revers. En embuscade pour la sixième place, aux côtés de Bordeaux-Bègles et La Rochelle. "Nous basculons du bon côté", résume Antoine Erbani. L’an dernier, après sept journées, la Section présentait un bilan identique. En suivant, elle avait réalisé une formidable série de huit victoires en neuf journées pour s’inviter parmi les cadors du championnat.

"Je comprends les supporters…" 

Si l’objectif top 6 a été annoncé par plusieurs joueurs et dirigeants à l’intersaison, les supporters, les premiers, commencent à douter de la portée de cette visée au regard des récentes prestations. D’où les sifflets entendus ici et là : "Je comprends que les supporters ne soient pas contents d’un spectacle pareil, compatit Antoine Hastoy, le héros du jour. J’aurais aimé que ça se passe autrement dans le contenu. Déjà, avant que les conditions ne deviennent mauvaises, nous aurions pu mettre plus de vitesse." Mais collectivement, les Béarnais ne parviennent pas à tenir les promesses d’un jeu de possession et souffrent d’inconstance. "Le début de saison a été un peu irrégulier", reconnaît le troisième ligne. "Nous ne sommes pas constants en conquête", déplore Simon Mannix. L’absence de Quentin Lespiaucq se révèle, sans surprise, très préjudiciable sur la durée. Les Palois veulent tout de même croire en leur étoile et avancent des arguments en leur faveur. Antoine Erbani, notamment : "L’équipe a montré qu’elle avait les nerfs assez solides. J’étais dans un club où l’on disait qu’il valait mieux se construire dans la difficulté. Il nous fallait peut-être ce genre de matchs pour avoir d’autres cordes à notre arc."

Pour espérer rivaliser, à terme, avec les concurrents au top 6, la Section devra changer de braquet. Le niveau affiché depuis le début de saison ne suffira pas pour enfin goûter aux phases finales. Le calendrier, autrement plus dense d’ici les fêtes de fin d’année, devrait être à double tranchant avec deux déplacements à Nanterre puis Castres, la réception de Toulouse et une escale à Lyon. Passé le match face à La Rochelle en suivant, tout ce petit monde sera fixé sur le scénario à attendre de la fin de saison : la course à la qualification ou bien l’enlisement dans le ventre mou.

Vincent Bissonnet

Journaliste

Homme de réseaux, son goût pour l'information a rapidement fait de lui l'un des référents de l'espace «Cris et Chuchotements». Droits télés, transferts et investigations de la DNACG n'ont aucun secret pour lui. En prime, il a peut-être une bonne étoile au-dessus de la tête. Quand, il a été chargé du suivi de Castres, le club tarnais a fini champion de France (2013). Quand il est arrivé à Midi Olympique (avril 2011), les Bleus ont atteint la finale de la Coupe du Monde. Quant à son année de naissance, elle correspond à une victoire d'anthologie du XV de France contre les All Blacks à Nantes (16-3).