L’ailier tarnais est passé, en l’espace d’un an, d’une saison cauchemardesque à grenoble à un titre de champion de France avec Castres, avec qui il a tout récemment prolongé son contrat. À la veille de retrouver son ancien club, Armand Batlle nous raconte ce périple un peu fou.

À froid, que vous reste-t-il de cette cruelle défaite concédée à Toulon ?

À chaud, nous ressentions beaucoup de déception. Tenir le match pendant 70 minutes et le voir nous échapper dans les derniers instants, ce n’est pas facile. Le retour vidéo nous a montré certes que certaines décisions arbitrales avaient été bancales, mais aussi que nous avons commis des erreurs stratégiques et de discipline dans les dernières minutes. Une victoire nous aurait offert un retour en bus plus… ludique, dirons-nous ! Pour autant, nous avons quand même rendu un compte dans la lignée de notre début de saison.

Étiez-vous tout de même satisfait d’avoir ramené un point ?

Non. Clairement, non. Nous étions surtout frustrés d’en avoir oublié trois en route. Mais nous n’avons pas le temps de ressasser. Dès le lundi, nous avons soigné notre récupération. Le camion cryothérapie était venu au Levézou, et on a soldé ce match dès le lendemain à la vidéo en étudiant les points positifs d’abord, et ensuite les points négatifs, comme notre mauvaise gestion de la fin de rencontre.

Le CO semble plutôt performant en ce début de saison. Il n’y a donc pas de malédiction du champion ?

On en fait ce que l’on en veut de cette malédiction… Le staff nous l’a assez dit avant la reprise : c’est juste une question d’envie, d’ambition, de remise en question. Je crois que ce groupe a encore envie de gagner. Les recrues nous ont fait du bien aussi, car elles apportent une plus-value, de la fraîcheur et de la concurrence.

Personnellement, qu’avez-vous fait pour digérer ce titre ?

Je n’ai pas touché Terre ! Après le titre, je suis parti en Nouvelle-Zélande avec les Barbarians. À mon retour, je me suis marié. Après, nous sommes partis en voyage de noce. Nous sommes revenus une petite dizaine de jours avant la reprise de l’entraînement. Sur les premières semaines, ce fut délicat. J’avais l’impression de ne pas avoir coupé, notamment mentalement. Mais rapidement, la compétition a repris ses droits, et l’instinct est revenu. On n’est plus champion de France, on veut regagner ce titre. Mais avant cela, il faut se qualifier.

Vous parliez de concurrence, on pense notamment à celle de Martin Laveau qui est une des bonnes surprises du recrutement…

Ce n’était pas une surprise pour moi car je suis toujours de près la Pro D2 et je connaissais son talent. Sa venue est une bonne chose : il a dix ans de moins que moi, et m’oblige à me bouger ! Je ne suis pas le seul d’ailleurs, on est cinq ailiers pour deux postes. Taylor Paris s’est aussi mis en valeur… Pour en revenir à Martin, je l’apprécie parce que c’est quelqu’un de simple et un joueur performant qui préfère l’évitement à l’affrontement, ça change un peu.

Le CO a officialisé votre prolongation la semaine dernière. Était-elle évidente à vos yeux ?

Pour moi, c’était logique. Ce club m’a fait confiance alors que j’arrivais de Grenoble, où nous avions raté notre mission du maintien. Je me devais de répondre favorablement à la confiance qu’il m’accordait. Cela aurait été encore plus simple si le staff restait, mais le club a été rassurant. Je ne connais pas personnellement Mauricio Reggiardo, mais on m’en a dit du bien. Et puis l’autre avantage, c’est que de nombreux joueurs restent. Le groupe va donc garder son ossature, c’est important.

Qu’est ce que cela vous fait de jouer votre ancien club ?

Je suis content de pouvoir rejouer contre Grenoble, et Perpignan. Cela veut dire que mes deux anciens clubs ont retrouvé le Top 14. J’ai quitté le FCG au terme d’une saison cauchemardesque, tant sur les plans sportifs que financiers ou même extra-sportifs. Les gens qui aimaient le FCG souffraient de la situation. Depuis, beaucoup de choses ont changé mais je serai heureux de retrouver les joueurs restants dans un contexte plus favorable.

Vous êtes passé d’une descente de Top 14 à un titre de champion de France. C’est fou non ?

Ça l’est en effet… Je ne réalise pas pour l’instant. Je le réaliserai peut-être plus tard, quand ma carrière se terminera. J’avais signé au CO pour retrouver un club sain et qui jouait la Coupe d’Europe… Le Brennus, c’était la cerise sur le gâteau. Mais de toute évidence, je ne regrette pas mon choix.

De quoi manque le FCG en ce début de saison ?

De toutes les équipes qui jouent le maintien, Grenoble me donne l’impression d’être la plus en place. Ils manquent d’efficacité, notamment dans les zones de marque. Cela vient peut-être aussi de la jeunesse de cette équipe, aujourd’hui portée par des jeunes qui n’étaient pas là il y a deux ans. Mais ils possèdent des belles individualités, comme Visina, au centre, aux ailes… il ne leur manque pas grand-chose.

Ce sera la première fois que le CO sera opposé à une équipe de bas de tableau, n’est-ce pas le match piège par excellence ?

Pas du tout, car nous sommes prévenus. D’abord, parce que Grenoble n’a jamais chargé, et a toujours perdu de très peu. La deuxième, c’est que l’on se souvient tous de la venue d’Agen, l’année dernière. Même si nous avions fini par l’emporter, le SUA avait longtemps mené au score. Enfin, nous sortons de deux rencontres qui se sont jouées à la dernière minute et l’on ne peut pas dire que notre dernier match à Pierre Fabre nous a vraiment rassurés. Nous sommes donc prévenus.

Simon Valzer

Journaliste

Il est originaire de Besançon, une région pas vraiment réputée pour sa culture rugby. La sienne est pourtant très riche et ce n'est pas un hasard : Simon a effectué un pèlerinage dans la mecque du rugby : en Nouvelle-Zélande. Il y a passé un an à l'université d'Hamilton, berceau des Chiefs (son équipe fétiche). Ce troisième ligne n'a pas suivi la trajectoire de Califano ou de Lespinas, autres Frenchies passés par le pays au long nuage blanc : il est devenu le docteur de Midi Olympique, titulaire d'une thèse en anthropologie intitulée «Un exemple de revitalisation culturelle : les arts performatifs maori, Haka et Kapa haka». Voilà qui ne s’invente pas.