Éric De Cromières, le Président de l’ASMCA est bien décidé à voir son équipe "redevenir Clermont", il s’attarde sur les enjeux de la nouvelle saison. Tout en n’oubliant pas de faire peser une petite pression sur son staff, pour qui le début de saison sera crucial.

Midi Olympique : Pour la première fois depuis plus de dix ans, l’équipe a pu se préparer correctement. De bon augure avant l’opération reconquête ?

Eric De Cromières : Le fait que la préparation soit correcte, on ne le saura que plus tard car le but n’est pas de se préparer pour se préparer, mais pour gagner des matchs ! Cela dit, ça devrait aider, en effet… On a eu le plaisir de retrouver des joueurs en forme et frais mentalement, qui avaient bien respecté le contrat passé par Franck Azéma. On démarre donc la saison sur une bonne note. Après, comme on dit, il y a loin de la coupe aux lèvres…

Il est quand même terrible qu’une bonne préparation ne puisse être que le fruit d’une saison manquée…

E.D.C. : Nous avons connu l’an dernier un problème qu’ont rencontré tous les clubs champions ces dernières saisons, d’autant plus ceux qui se battent sur les deux tableaux. Tant qu’on ne changera pas la formule, on retrouvera ce type de problématique. C’est un sujet éculé, puisque tout le monde en a conscience, mais que personne n’en trouve pour l’instant les solutions. Il se sert à rien de s’appesantir là-dessus, nous sommes passés à autre chose.

Vous parliez des clubs évoluant sur deux tableaux. À ce titre, sachant que Clermont ne disputera pas la Champions Cup cette saison, l’objectif sportif peut-il se cantonner au Top 14

E.D.C. : Lorsqu’on disputait le Top 14 et la Champions Cup, c’était pour se battre sur les deux tableaux, et il n’y a pas de raison de changer d’état d’esprit parce que nous sommes reversés en Challenge. Mais au-delà des résultats, ce qui est important, c’est surtout de démontrer que nous sommes redevenus Clermont. C’est pourquoi le début de saison, jusqu’à la fin octobre, sera fondamental pour nous. C’est en tout cas l’objectif que nous avons fixé à tout le monde.

Le staff sportif a bénéficié de légitimes circonstances atténuantes la saison dernières. Cette année, celles-ci n’existent plus. Cela signifie-t-il que ces derniers peuvent jouer gros, alors que viendra bientôt le temps de négocier des éventuelles prolongations de contrat ?

E.D.C. : Le staff de la saison dernière était aussi celui qui a été champion de France voilà deux ans, à l’exception de Bernard Goutta. On n’avait pas de raison de ne pas lui faire confiance. Concernant Bernard, qui est arrivé de Colomiers en Pro D2 et qui s’est retrouvé d’un coup face à un squad champion de France et vice-champion d’Europe, il est possible qu’il ait été impressionné au départ et n’ait pas tout de suite donné sa pleine mesure. Ceci dit, Bernard est quelqu’un de très apprécié, n qui les joueurs ont une confiance absolue. De même, Franck Azéma n’a peut-être pas eu son rendement idéal en début de saison dernière. Et après, c’est l’histoire du lièvre et de la tortue. Le lièvre est allé moins vite que prévu en raison des blessures qui se sont abattues sur lui, tantdis que la tortue s’est avérée plus rapide que prévu, parce qu’il y avait neuf ou dix équipes en mesure de se qualifier, et qu’il y en aura plus encore cette année, avec Paris et l’UBB qui vont se réveiller. On ne peut plus jouer à ça car c’est prendre le risque qu’au moment d’accélérer, le lièvre n’ait plus rien dans le ventre. Et pour répondre à votre question, si les résultats du début de saison s’avèrent au nouveau de ceux de l’an dernier, on en tirera forcément des conclusions.

Aurélien Rougerie intègre la cellule de recrutement de l’ASMCA, et s’est d’ailleurs envolé en fin de semaine pour sa première mission en Australie. Qu’attendez-vous de lui dans ce ouveau costume ?

E.D.C. : J’attends qu’il crée de nouveaux réseaux entre notre club et les clubs ou institutions de l’hémisphère Sud. Dans le recrutement aujourd’hui, on ne peut plus se permettre d’être pieds et poings liés avec quelques agents. Il y a trois types le recrutement : les grandes stars, que tout le monde connaît, pour lesquelles il n’y a finalement besoin de personne. Mais il y a aussi des joueurs français mois connus, q ue l’on peut aller chercher dans les catégories de jeunes mais aussi jusqu’en Pro D2 ou en Fédérale 1, et des étrangers de talent qui ne sont pas forcément dans le circuit du haut niveau. En clair, il y a probablement d’autres Fritz Lee qui traînent quelque part… C’est à cette mission qu’Aurélien est destiné, qui n’interviendra par ailleurs en aucune manière sur le sportif.

Le club progressé à un certain dégraissage de l’effectif cet été. Cette saison est-elle celle qui peut valider votre politique de club, qui vise à terme un effectif constitué à 50 % de joueurs formés au club ?

E.D.C. : Toutes les saisons sont importantes. Celle qui vient est en réalité préparée depuis deux ans… Il faut faire attention à cette catégorisation systématique quand on parle dégraissage, puisque nous avons le même nombre de contrats pros. Simplement, les joueurs qui sont partis ont été remplacés par trois recrues au niveau des trois-quarts, ainsi que par l’intégration de six anciens espoirs qui ont signé leur premier contrat pro. J’ajoute qu’en ce qui nous concerne, notre meilleur recrutement sera probablement de retrouver notre armada qui nous a tant manqué la saison dernière. Les gens disent que nous n’avons pas recruté, mais oublient que nous avons dû nous passer pratiquement toute la saison des Lopez, Raka, et j’en passe… Cela peut faire une grosse différence.

Nicolas Zanardi

Journaliste

En 2007, le petit Nicolas (172 cm), au journal depuis 2006, a succédé à Jacques Souquet à la tête de la rubrique «technique». Champion de France d'Excellence B avec Voiron en juin 2014, il peut parler avec un talent égal du placement de Chris Masoe en zone 3, de la «rush defense» dont il estime l'apparition fin 2006 aux London Waps ou de la technique aboutie de Richie McCaw et Owen Franks dans l'exercice du contre-ruck. Isérois de naissance, il n'a jamais pardonné à l'arbitre Daniel Salles l'essai accordé au Castrais Gary Whetton en finale du championnat de France, face à Grenoble (14 à 11) en 1993. Il venait d'avoir dix ans...