A l’image de leurs grands frères et voisins castrais, les vauréens ont déjoué les pronostics et décroché un titre de champion de France. Le tout avec des armes semblables : beaucoup de courage et une solidarité sans faille qui leur ont permis de s’imposer à l’issue des prolongations.

Les Vauréens avaient posé le décor, au propre comme au figuré. Le temps de cette finale, la ville d’Auch ne serait plus la préfecture du Gers, mais bien une annexe de Lavaur, leur commune tarnaise. En effet, des supporters avaient pris le soin de recouvrir les panneaux signalétiques indiquant l’entrée dans Auch par des répliques cartonnées au nom de leur commune (voir photo ci-dessus). Samedi, les Vauréens étaient chez eux. En parfaite communion avec leur public, venu en grand nombre pour livrer lui aussi son duel en tribune avec l’impressionnante colonie trélissacoise. Et même si la loi du sport n’exige qu’un seul vainqueur, on peut dire que les deux publics ont été gâtés. Gâtés par une finale exceptionnelle, tant dans son scénario que dans l’engagement sans faille de ses belligérants qui ont livré bataille pendant 100 minutes durant alors que le thermomètre affichait 28 degrés. Ils ont aussi assisté aussi à un véritable retournement de situation : alors que Lavaur avait la main sur la rencontre à cinq minutes de la fin en menant 21-14, la révolte menée par les remplaçants trélissacois et un essai du flanker Donners envoya les deux équipes en prolongations. Une situation rare et délicate à gérer, même pour un homme d’expérience tel que Mathieu Bonello, ex-talonneur du CO et manager de l’ASV depuis deux ans : « Dans toute ma carrière, je n’avais connu cela qu’une seule fois, en demi-finale de championnat de France à Montpellier. Une chose m’avait marqué : l’attitude des équipes pendant la courte pause. Il y en a toujours une qui baisse les yeux et l’autre qui bombe le torse. J’ai dit à mes joueurs de lever la tête, et de refaire ce qu’ils savaient faire le mieux : jouer. » Car le groupe vauréen n’a rien d’une colonie de panzers qui enchaîne les ballons portés et les pick n’go. Leur truc, c’est l’attaque. Le mouvement, les passes, les relances inlassablement initiées par sa jeune et intrépide charnière Queheille-Mouysset. À outrance même, tant les initiatives des deux jeunes demis ont parfois donné des sueurs froides aux supporters tarnais : « C’est un rugby risqué c’est vrai, mais c’est le rugby que j’aime et que je veux voir gagner ! » souriait Bonello. « Depuis quelques années, le seul objectif que nous avons donné aux entraîneurs, donc Rémi Ladauge et aujourd’hui Mathieu Bonello, c’est de remplir à nouveau les tribunes de notre stade, nous confiait Alexandre Martinez, ex-président de l’ASV et aujourd’hui trésorier de la FFR. Et pour cela, il nous fallait un jeu spectaculaire, qui donnerait du plaisir à notre public et dans lequel nos joueurs s’épanouiraient. » Pari réussi. Lentement mais sûrement, l’ASV est monté en puissance. Après avoir atteint les quarts de finale il y a deux ans, les Tarnais se sont hissés en demi l’année dernière à Rouen. 

Rouen, l’acte fondateur

Après la rencontre, les Vauréens n’avaient rien oublié de ces échecs passés. Mieux, certains identifiaient même cette demie perdue à Rouen comme l’acte fondateur de ce titre de champion de France. Alexandre Martinez raconte : « Nous nous étions déplacés avec un bus que le CO nous avait gentiment prêté. Seulement, il devait partir de Rouen à 22 heures pile pour rentrer à Castres à l’heure. La troisième mi-temps se passait si bien que les joueurs ne voulaient plus partir. Ils me disaient qu’en tant que président, je pouvais le retenir… Mais je leur répondais que non ! Bref, l’heure a fini par venir et le bus est parti. Nous nous sommes retrouvés à plus de quarante, à Rouen, sans le moindre moyen de transport pour rentrer chez nous ! Nous avons vécu des moments si fantastiques ensemble… C’est à ce moment que l’on s’est dit qu’on serait champions l’année prochaine. » L’anecdote est savoureuse et traduit à merveille les liens qui unissent ce groupe qui a su déjouer les pronostics et montrer que l’argent n’était pas encore tout-puissant dans l’élite amateur, puisque Lavaur possède un budget deux fois inférieur à d’autres écuries de Fédérale 1 telles que Blagnac ou Mâcon, pour ne citer qu’elles. 

Saimone Taumoepeau : « Ce titre me rend aussi heureux que celui de 2013 »

Un outsider sacré champion de France avec des moyens moindres… cela ne vous rappelle rien ? « Le parallèle avec le titre de Castres est aussi évident que beau, bien sûr », confirmait Martinez. Comme le CO, nous misons sur la solidarité et l’humain pour arriver à nos fins. » « Le CO est encore très présent dans mon cœur, reprenait Bonello. Le fait que les deux clubs soient sacrés la même année va nous permettre d’organiser des événements qui vont encore rapprocher nos deux clubs. Ces deux titres me remplissent de bonheur. » La dernière fois que les deux clubs ont été sacrés la même année, c’était en 1950. 68 ans que les voisins tarnais attendaient cela... Côté vauréen, on trouvait aussi un rescapé du titre castrais de 2013 : le pilier gauche tonguien Saimone Taumoepeau, qui fut l’un des grands artisans de ce titre en châtiant à lui seul l’axe droit de la mêlée de Trélissac : « Chaque semaine, on voyait le CO gagner. En quarts, en demies… à chaque fois, ils déjouaient les pronostics et faisaient tomber des équipes plus grosses et plus favorites. Cela nous a inspirés. Moi, j’avais envie de les imiter, et de revivre les mêmes moments qu’en 2013. D’ailleurs, ce titre me donne autant de bonheur que celui de Top 14. » À 37 ans, le gaucher semble trouver une deuxième jeunesse auprès des minots tarnais : « Ils m’appellent tous « Papa » ces petits cons ! Ça m’énerve, car cela me rappelle que je suis vieux, se marrait le pilier. Mais en même temps, cela me rappelle qu’ils comptent sur moi, et que je ne dois pas les décevoir. Cela me motive. »

L’autre grand artisan du titre se nomme Gilen Queheille. Le demi de mêlée mauléonnais de 24 ans, qui a été trimballé ces dernières années entre l’UBB, Tarbes, et Albi où il végétait l’année dernière a signé la meilleure saison de sa carrière et a inscrit dans cette finale les 24 points de son équipe avec, en point d’orgue, une pénalité de la gagne située à près de 55 mètres à gauche des poteaux : « L’année dernière, Gilen était à deux semaines d’arrêter complètement le rugby, raconte Mathieu Bonello. Pour le faire venir, je ne lui ai pas parlé de carrière ou de résultats, je lui ai juste promis une chose : celui de lui faire retrouver du plaisir à jouer au rugby. Gilen, c’est un affectif, il a besoin d’attache pour être performant. » Et au vu de la prestation majuscule du Mauléonnais, on se dit qu’il est aujourd’hui très attaché à sa nouvelle équipe. Comme d’autres, Queheille s’est relancé à Lavaur : « C’est la finalité de ce club, conclut Alexandre Martinez. Ce club est là pour faire grandir les personnes. Par exemple, Mathieu Bonello a grandi chez nous en tant qu’entraîneur, et nous ferons tout pour l’aider à aller encore plus haut. » Qu’on se le dise. Lavaur est un formidable laboratoire de développement humain. Et ce titre ne fait que le confirmer. n

Simon Valzer

Journaliste

Il est originaire de Besançon, une région pas vraiment réputée pour sa culture rugby. La sienne est pourtant très riche et ce n'est pas un hasard : Simon a effectué un pèlerinage dans la mecque du rugby : en Nouvelle-Zélande. Il y a passé un an à l'université d'Hamilton, berceau des Chiefs (son équipe fétiche). Ce troisième ligne n'a pas suivi la trajectoire de Califano ou de Lespinas, autres Frenchies passés par le pays au long nuage blanc : il est devenu le docteur de Midi Olympique, titulaire d'une thèse en anthropologie intitulée «Un exemple de revitalisation culturelle : les arts performatifs maori, Haka et Kapa haka». Voilà qui ne s’invente pas.