Les Normands ont donné une leçon de rugby et de réalisme à une équipe d’Albi incapable de prendre en main son destin. Tous les espoirs sont permis pour ces Rouennais que plus rien ne semble pouvoir arrêter.

Rouen est en finale de Fédérale 1 et tentera, sur une finale aller-retour exaltante, de devenir la première équipe normande à rallier le monde professionnel. À l’image de ce que Vannes a pu faire en Bretagne, les Rouennais sont en passe de devenir le moteur de toute une région et de poser un nouveau jalon sur la carte de France du rugby. Oui, on joue au rugby en Normandie et on y joue bien, ce ne sont pas les Albigeois qui pourront dire le contraire, eux qui ont été battus trois fois lors des quatre confrontations face aux Normands cette saison.

La qualification des Rouennais pour la finale de ce championnat appartient à une certaine forme de logique. Poussés par un enthousiasme débordant, les Rouennais ont fracassé les rêves d’Albigeois engoncés dans les vestiges d’un passé qui ne leur appartient plus. Car, hormis sur un dernier ballon bêtement rendu aux Tarnais par un jeu au pied inutile de Luke Cozens sur une ultime phase de conservation rouennaise, jamais les Tarnais n’ont été en mesure d’inquiéter les hommes de Richard Hill, maîtres du tableau noir et du pré vert. Les Rouennais ont donné une leçon tactique et stratégique à Albi dans le sillage d’une charnière Roberts – Henry de très haut niveau et d’une défense inversée à laquelle les Albigeois n’ont rien su opposer. Le succès rouennais, aussi cruel soit-il pour les Albigeois, ne souffre d’aucune contestation.

La future Fédérale 1 trop petite pour Rouen

Mais au delà d’une simple victoire sur un terrain de rugby, ce match est un nouveau symbole des puissances émergentes du rugby actuel. Après Nevers, après Vannes, Rouen sera sans doute le prochain nouveau bastion du rugby à voir le jour. Vendredi soir, dans un stadium d’Albi qui peinait à se mobiliser, la guerre des mondes a éclaté entre deux clubs aux dynamiques opposées. Là où l’ancienne place forte albigeoise sombre chaque saison un peu plus que la précédente, glissant inexorablement vers l’amateurisme, Rouen s’éveille et entre petit à petit dans l’univers du rugby professionnel. Les Normands ont le vent en poupe, un président ambitieux, un effectif solide, un budget stable et capable de grandir. Officiellement, les Normands se sont donné du temps pour arriver en Pro D2, disons, un ou deux ans. Officieusement, Richard Hill sait bien que cette Fédérale 1 réformée la saison prochaine est en train de devenir trop petite pour son club et le manager britannique aimerait ne pas rater l’occasion de monter dès cette année. Il se souvient d’avoir atomisé Saint-Médard en Jalles lors d’un match de préparation avec un écart de plus de 70 points et aimerait, dans l’intérêt de tous, éviter de jouer dans ce futur championnat qui s’annonce déséquilibré au possible. «Depuis janvier, le train est lancé et on ne peut pas l’arrêter», concédait l’ancien demi de mêlée du XV de la Rose. Il reste une marche à franchir et Wilfrid Hounkpatin, le puissant pilier droit qui ira au CO la saison prochaine, jure « de laisser ses tripes sur le terrain » pour que Rouen atteigne son Graal.

Midi Olympique

Le journal du rugby depuis 85 ans.
Midi Olympique vous attend en kiosque chaque lundi et chaque vendredi, ici sur le web et sur Twitter