Un peu moins d’un an et demi après son dernier match pro avec le Racing 92 et son départ plus que controversé du club francilien, le springbok a repris la compétition vendredi soir dernier avec les cheetahs. Un retour qui a montré qu’il n’avait rien perdu de ses qualités. Mais aussi accompagné, en coulisses, de critiques virulentes

Un an, cinq mois, et huit jours après son dernier match professionnel avec le Racing 92 face à ce qui sera son futur club, Montpellier, disputé le 5 novembre 2016, Johan Goosen a signé son retour à la compétition avec l’équipe qui l’a vu grandir, les Cheetahs du Free State en Afrique du Sud. Titularisé au poste d’ouvreur, le Springbok de 25 ans aux 13 sélections a livré un match sobre, et une performance largement dominée par l’utilisation de coups de pied de mammouth. Auteur d’un 3/3 au pied face aux perches ainsi que quelques touches trouvées à près de cinquante mètres de l’endroit où il les tapait, l’ex-Racingman s’est en revanche montré moins adroit de ses mains puisqu’il commit un en-avant dans son en-but à la 36e minute qui donna au Munster une mêlée à cinq mètres. Une bourde qui permit à Conor Murray de réduire l’écart au score alors que les Cheetahs menaient 14-0 après une demi-heure de jeu. C’est ce même Conor Murray qui passa la pénalité de la gagne (de plus de cinquante mètres) à la 66e minute (17-19), offrant aux siens une victoire presque improbable tant ils furent longtemps menés au score.

L’hommage de Van Graan

Mais qu’importe. Le véritable évènement de la soirée était le retour de Goosen dans le rugby pro. Et à en croire son manager Rory Duncan, le très controversé trois-quarts fera rapidement taire ses détracteurs : « C’était un plaisir de le voir de retour sur le terrain. De toute évidence, il n’a rien perdu de son talent. Les conditions n’étaient pas favorables à un jeu de passes, alors nous nous sommes appuyés sur sa frappe au pied qui nous a permis de traverser le terrain sans le moindre effort. Je n’ai pas eu l’impression qu’il avait manqué le moindre jour d’entraînement de rugby. Cela s’est notamment vu dans sa défense : il s’est parfaitement fondu dans notre système et n’a pas la moindre appréhension du contact. Il est toujours un joueur de classe mondiale, cela se voit dans sa façon de contrôler les choses et d’identifier les espaces. Son jeu au pied lui permet de tenir l’adversaire dans son camp. Il retrouvera rapidement son niveau optimal et j’aimerais que les sélectionneurs sud-africains considèrent son cas rapidement. »

Même écho du côté de l’équipe adverse, où le manager du Munster le Sud-africain Johann van Graan a croisé la route de Goosen quand il était conseiller technique des avants des Boks : « Je me souviens de son premier test à Perth comme si c’était hier, nous confiait le boss du Munster, un brin admirateur. Je me souviens aussi de sa pénalité de soixante mètres à Dunedin, de son match fantastique contre l’Australie au Loftus Versfeld Stadium et de son superbe essai contre l’Argentine à Nelspruit. Johan est un buteur hors pair, mais il est aussi un excellent attaquant à la main. Ses cadrages débordements sont aussi redoutables d’un côté que de l’autre, et il est rapide. Ce soir il a fait quelques erreurs, mais il a aussi fait la différence à plusieurs reprises. »

Andrews : « Le rugby n’a pas besoin de mercenaires »

Sans surprise, Goosen a paru manquer de rythme. Logique, puisqu’il n’a pas disputé de rencontre professionnelle au cours des seize derniers mois. Il resta tout de même sur le terrain jusqu’à l’heure de jeu, et fut remplacé à la 67e minute par Clino Ryno Swart. Et malgré les louanges des techniciens précédemment cités, il n’en reste pas moins que ce retour à la compétition n’a pas fait l’unanimité en Afrique du Sud. L’ancien pilier des Springboks Keith Andrews (9 sélections) s’est d’ailleurs fait le porte-voix de ces critiques, et prédit à Goosen un retour en France particulièrement agité : « Pour être tout à fait honnête, son retour de retraite anticipée est pour le moins surprenant : on ne peut pas retirer de cette façon, pour simplement rompre son contrat alors qu’on est au sommet de sa forme et revenir moins de deux ans après. Je doute qu’il aura autant de plaisir à jouer en France que lors de son premier passage. Même à Montpellier, il risque de ne pas être très populaire auprès des fans et je ne parle même pas de ceux du Racing 92 quand il retournera dans les Hauts-de-Seine. Les Français ont de la mémoire, et n’aiment pas ces genres de comportements. » Le pilier de 55 ans va plus loin : « Le rugby n’a pas besoin de mercenaires. De toute façon, on « grille » ce genre de mecs rapidement. On ne peut pas revenir, comme ça, et faire comme si de rien n’était. J’ai encore la faiblesse de croire que les rugbymen ont certaines valeurs et qu’ils sont censés avoir une éthique. Goosen ne s’est pas comporté en vrai professionnel, même si je sais qu’il a aussi été très mal conseillé par un agent peu scrupuleux. Quand il a prolongé son contrat avec le Racing 92 jusqu’en 2020, il a peut-être voulu s’acheter un nouveau tracteur. Mais aujourd’hui, il doit se comporter en homme et assumer en disant : « Regardez, je n’ai pas tenu ma parole et je me suis planté. »

À Bloemfontein, tout le monde connaît l’affaire. Tout le monde sait que Goosen a renégocié son contrat le liant au Racing 92 à la hausse avant de prétexter l’obtention d’un CDI au sein d’une compagnie vendant des articles agricoles en Afrique du Sud pour le rompre du jour au lendemain. Tout le monde sait aussi que le président montpelliérain Mohed Altrad a accepté de signer un gros chèque pour racheter le contrat du polyvalent trois-quarts des Springboks, lequel a encore vu son salaire augmenter au passage. Mais à Bloemfontein et dans ses environs, on continue de murmurer que Goosen n’a fait que se défendre. Que le Racing 92 n’a pas toujours payé son joueur à temps, et qu’il n’a pas tenu sa promesse de l’installer au poste d’ouvreur, alors qu’il l’avait pourtant expressément demandé. Qu’importe. Ces histoires appartiennent au passé. Maintenant, Johan Goosen va devoir assumer. Et faire taire ses détracteurs en faisant ce pour quoi il est fait, à savoir jouer au rugby.

Par Ken Borland

 

Simon Valzer

Journaliste

Il est originaire de Besançon, une région pas vraiment réputée pour sa culture rugby. La sienne est pourtant très riche et ce n'est pas un hasard : Simon a effectué un pèlerinage dans la mecque du rugby : en Nouvelle-Zélande. Il y a passé un an à l'université d'Hamilton, berceau des Chiefs (son équipe fétiche). Ce troisième ligne n'a pas suivi la trajectoire de Califano ou de Lespinas, autres Frenchies passés par le pays au long nuage blanc : il est devenu le docteur de Midi Olympique, titulaire d'une thèse en anthropologie intitulée «Un exemple de revitalisation culturelle : les arts performatifs maori, Haka et Kapa haka». Voilà qui ne s’invente pas.