Rarement, un joueur nous aura laissé à ce point l’image d’un gladiateur. Il semblait sorti tout droit d’un péplum hollywoodien avec son gabarit de décathlonien et son profil de médaille. Si l’on ne devait retenir qu’un seul moment, ce serait sa fameuse diagonale de Johannesbourg, le 16 août 1958 avec l’équipe légendaire de Lucien Mias. Il rattrapa in extremis l’ailier des Springboks Prinsloo au moment où ce dernier plongeait sur le poteau de coin. Une intervention défensive comme un trait de lumière radieux qui stupéfia la foule de l’Ellis Park.

Un peu auparavant, il avait marqué un essai sur une charge rectiligne sidérante de vitesse et de puissance mais M. Ackermann arbitre patriote avait refusé cette première merveille.

Jean Barthe était l’athlète du Grand Lourdes (sa ville natale), le parfait complément à l’intelligence et à l’endurance de Jean Prat. Mais, attention, ce n’était pas un démolisseur, c’était un joueur magnifique parfaitement adapté au style offensif de la grande « machine de guerre » des années cinquante avec qui il fut trois fois champion de France, une fois finaliste et même champion de France juniors B. Il fut 26 fois international et aurait sans doute battu tous les records s’il n’était passé à treize en 1959. Il fut d’ailleurs le seul à commander les deux sélections nationales. Il fut 22 fois sélectionné dans l’autre rugby avec qui il connut une autre tournée victorieuse dans l’hémisphère sud (en Australie cette fois). Il fut aussi champion de France avec Carcassonne et Roanne (il porta aussi les couleurs de Saint-Gaudens).

Sa technique était formidable, il réussissait notamment des passes de longue portée, presque sur toute la largeur du terrain.

Il était né à Lourdes, mais il avait dû s’exiler pour son service militaire à Bordeaux où il échappa aux clubs du cru. Il revêtit alors le maillot de Biscarosse en deuxième série, un choix qui l’amena aussi au sacre suprême : « Ce modeste trophée est un de mes meilleurs souvenirs. Nous eûmes droit à une réception extraordinaire très émouvante dans sa simplicité » aimait-il expliquer pour rappeler qu’il avait connu les joies du rugby à tous les niveaux.

Jérôme Prévot

Journaliste

Féru d'histoire, boulimique d'information, ce supporter des Girondins de Bordeaux et de Dimitri Yachvili (à propos duquel il écrivit un jour : « Une équipe comptant Yachvili dans ses rangs n'a jamais perdu d'avance ») ne cache pas une fascination pour la planète people et pour le rugby international. Il aime tous les débats mais sait se montrer intransigeant : l'amour du maillot est la plus belle des vertus, l'arrêt Bosman un drame absolu. S'il avait un proverbe, ce serait celui-ci : le beau jeu, c'est celui qui gagne.

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