Entraîneur adjoint des Maori All Blacks, Tana Umaga nous a parlé de sa promotion auprès des Maoris, et de la valeur symbolique de cette équipe bicentenaire...

Vous êtes manager des Auckland Blues en Super Rugby. Comment avez-vous été nommé en plus entraîneur adjoint des Maoris ?

C’était à la fin de l’année dernière, Colin Cooper, le précédent manager (qui a depuis pris les commandes des Chiefs d’Hamilton) m’a demandé si j’étais disponible pour travailler avec lui sur les tournées, et j’ai tout de suite accepté. J’avais envie de vivre cette expérience, avec cette équipe qui est particulière à mes yeux. Avec les Maoris All Blacks, on ne parle pas que de rugby, mais aussi de culture, d’héritage, de transmission. Elle représente un peuple. Et puis c’est presque une sélection nationale ! C’est un grand honneur pour moi d’entraîner cette équipe.

Les Barbarians sont devenus l’équipe réserve du XV de France, mais ce n’est pas le cas pour les Maoris avec les All Blacks. Que représente cette équipe pour le pays ?

Elle représente le peuple autochtone de Nouvelle-Zélande. C’est quelque chose d’unique. Cette équipe est là pour rappeler cet héritage, ce passé, ce que les Maoris ont subi, puis ce qu’ils ont accompli malgré la colonisation… C’est bien plus grand qu’une simple équipe de rugby. Quand on leur donne la possibilité de porter ce maillot, les mecs veulent y apporter un peu d’eux…

Avec les Maoris vous progressez petit à petit dans la hiérarchie des techniciens…

Oui enfin j’ai toujours envie d’apprendre, de progresser, de découvrir de nouvelles choses. J’apprends de tas de choses avec Clayton McMillan, le manager actuel, et Carl Hoeft qui est en charge de la mêlée.

Vous considérez-vous toujours comme un jeune entraîneur ?

Disons que je me sens toujours jeune dans ma tête ! Mais j’ai davantage d’expérience qu’avant, je me sens plus sûr de mes choix. Je me contente de transmettre ce que l’on m’a appris, et de faire tout mon possible pour que le club progresse.

Avec les Maoris vous découvrez aussi les contraintes liées à la condition de sélectionneur qui n’a pas ses joueurs toute l’année comme en championnat…

Oui, c’est vrai, c’est même parfois frustrant. En fait, on manque toujours de temps, on en veut toujours davantage. Les rassemblements sont plutôt courts, et l’on joue quand même un grand nombre de rencontres par rapport au temps passé ensemble. Il faut faire avec. Les Barbarians ont fait la même chose cette semaine, ils ne se sont réunis que lundi.

Avez-vous retrouvé des amis français ?

Bien sûr, je viens de voir David Banquet, qui va bientôt venir aux Blues d’Auckland pour voir comment on travaille. J’ai aussi vu Gilles Panzani et Luc le Belge, ou encore des joueurs avec qui j’ai évolué comme Clément Marienval. Même si je reconnais que je regarde peu de matchs de Top 14, je suis toujours très connecté à la France. J’ai gardé d’excellents amis ici. Les amitiés, c’est ce que je préfère dans le rugby. Bien plus que le jeu en lui-même. Ce jeu nous permet de faire de belles rencontres et de visiter des endroits incroyables.

Revenons aux Blues. Vous disposez d’un groupe de grande qualité pour la saison à venir…

C’est vrai. Le défi, c’est que ces excellents joueurs parviennent à jouer ensemble maintenant. J’ai la chance de compter Rieko Ioane, Sonny Bill Williams, Jerome Kaino… Et je ne vous parle pas des jeunes joueurs qui vont bientôt se révéler. La richesse de la formation fait toute la beauté du rugby néo-zélandais.

Simon Valzer

Journaliste

Il est originaire de Besançon, une région pas vraiment réputée pour sa culture rugby. La sienne est pourtant très riche et ce n'est pas un hasard : Simon a effectué un pèlerinage dans la mecque du rugby : en Nouvelle-Zélande. Il y a passé un an à l'université d'Hamilton, berceau des Chiefs (son équipe fétiche). Ce troisième ligne n'a pas suivi la trajectoire de Califano ou de Lespinas, autres Frenchies passés par le pays au long nuage blanc : il est devenu le docteur de Midi Olympique, titulaire d'une thèse en anthropologie intitulée «Un exemple de revitalisation culturelle : les arts performatifs maori, Haka et Kapa haka». Voilà qui ne s’invente pas.