Sur un fauteuil depuis vingt ans, soutenu depuis son accident sur un terrain par la Fondation Ferrasse, Etienne Dallon, double champion de France Fédérale B en 2014 et 2016, entraîne les avants de Saint-Jean-En-Royans (Fédérale 2).

Dimanche 1er octobre. Sur les coups de 17 heures, au bout des arrêts de jeu, Saint-Jean-en-Royans décroche le bonus offensif contre Annonay. Sur le bord du terrain, les entraîneurs Guillaume Martin et Étienne Dallon peuvent serrer le poing et exulter. Nommés entraîneurs à l’intersaison, ils décrochent leur première victoire à domicile, après une défaite tout sauf infamante contre Nice, avec son accent écossais et son budget pharaonique. Ce n’était pas gagné d’avance avec l’absence de huit joueurs sur blessures. Au sortir des vestiaires, Étienne Dallon, qu’on sentait crispé depuis le matin, peut enfin souffler et revenir sur la trajectoire qui l’a amenée à devenir l’entraîneur des avants de son club, Saint-Jean-en-Royans. « Depuis mon accident, j’étais la mascotte de l’équipe, reconnaît-il en toute franchise. Je traînais toujours avec l’équipe, j’étais présent dans le vestiaire. Un jour, on m’a proposé d’entraîner les minimes car il manquait du monde pour les encadrer. » Pendant trois ans, de 2009 à 2012, avec son pote, Romain Bouvarel, ils entraînent donc les jeunes pousses du club. Puis en 2012, le duo est promu et prend la tête de l’équipe réserve. Avec un effectif composé à 80 % de joueurs issus de l’école de rugby, Étienne et Romain décrochent alors le Graal en 2014 avec un titre de champion de France de Fédérale B. Un événement retentissant pour un petit village de trois mille habitants situé au pied du Vercors. Mieux, en 2016, ils décrochent un deuxième bout de bois. Adepte de laisser travailler ses entraîneurs sur des cycles de trois saisons, le président, Philippe Mussel, en place depuis 1995, donne logiquement sa chance à Étienne et lance l’ancien demi de mêlée, Guillaume Martin, quand l’heure de changer de staff arrive au printemps dernier. Les deux novices à ce niveau se savent attendus et ont conscience de devoir faire leurs preuves, avec notamment pour mission de faire un peu de place dans l’effectif à la jeunesse du club.

un travail d’arrache-pieds

« Je connais moins les joueurs, reconnaît Étienne. Il faut un peu de temps pour savoir comment réagit un mec, comment il faut le piquer, ou le motiver. Le stage de pré-saison s’est bien passé. Et ça devrait venir avec les victoires. Il n’y a que les résultats qui paient. » Toujours pendus au téléphone l’un avec l’autre, Étienne et Guillaume travaillent d’arrache-pieds. S’il confesse ne pas trop aimer la vidéo, le premier se coltine de longues séances, avant d’échanger avec le second. Prompt à annoncer pendant les matchs les combinaisons à jouer sur les lancers près de la ligne adverse, c’est pour mieux tenter de placer des groupés pénétrants, son grand dada. «J’adore, souffle-t-il. C’est une phase de jeu que beaucoup croient simple, mais il faut beaucoup de travail pour être performants. Avec les nouvelles règles, nous avons dû nous réadapter. De toute façon, ici, à Saint-Jean-en-Royans, on n’a pas trop le choix. Quand les trois-quarts font de grandes envolées, il n’y a pas un bruit dans le stade. Par contre, les gens aiment bien les groupés pénétrants. »

Par Sébastien Fiatte

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