Chloé Pelle, ailière des Bleues, ne s’attendait pas forcément à faire cette Coupe du Monde. Coup de projecteur sur cette diplômée d’une grande école, chercheuse de haut niveau et chasseuse d’essais, à sept comme à quinze.

Le jeu de Chloé Pelle est il facile à décoder ? Pas tant que ça puisque elle traverse aussi facilement les défenses, à sept comme à quinze. Elle a fait des aller-retours incessants entre les deux disciplines depuis six ans : « J’ai débuté en équipe de France à XV à l’automne 2011 puis dès le milieu du tournoi des 6 Nations 2012, je suis passée dans l’équipe nationale à VII ». Ce Mondial 2017 est son premier gros événement puisqu’elle n’était pas là en 2014 et qu’elle n’a même pas fait les Jeux olympiques de Rio. « Je n’ai pas eu cette chance, je n’étais pas dans les douze. J’ai quand même fait la Coupe du Monde 2013 et plusieurs Tournois du circuit mondial à sept. Mon meilleur souvenir, c’est une victoire contre les Canadiennes chez elles au Tournoi de Langford sur un essai marqué à la dernière minute » explique cette Parisienne d’origine, Lilloise d’adoption. « Je ne connais pas vraiment ces Anglaises, pour être honnête, car à XV, je ne les ai plus rencontrées depuis 2011. » Elle ne s’attendait pas forcément à se retrouver en Irlande en 2017 puis, divine surprise, les nouveaux entraîneurs Cherouk et Lièvremont l’ont appelée pour le Tournoi des 6 Nations.

Elève de «Centrale Lille »

Chez cette trois-quarts aile, la puissance et la vitesse se combinent via une équation qu’elle pourrait nous démontrer sans peine au tableau noir. En effet, Chloé Pelle est une vraie matheuse, élève de l’Ecole Centrale de Lille, l’une des plus anciennes écoles d’ingénieurs de France. Elle a d’ailleurs débuté le sport qui l’a faite internationale à 20 ans, après avoir intégré ce prestigieux établissement, sur concours évidemment avec tout le bachotage que ça implique : « Durant la prépa, je n’étais pas perturbée par le rugby. Une fois l’école intégrée, le plus dur était passé. » Elle a découvert le ballon ovale comme ça, au hasard d’une proposition. « C’est là que je me suis inscrite au LMRCV à Villeneuve d’Ascq, mon seul club. Une fois en Master, les professeurs ont été assez gentils pour m’aider et me laisser passer mes partiels quand j’avais le temps. » Elle a monté les échelons très rapidement grâce à sa rapidité et surtout sa puissance, son gros point fort. Pour la technique pure, elle a dû cravacher pour combler son retard. Habituée à faire fonctionner ses cellules grises jusqu’à l’abstraction, elle s’est taillée une réputation de fille qui analyse tout, qui veut tout comprendre au risque, parfois de se faire des nœuds au cerveau. Aujourd’hui, elle bénéficie d’un des contrats fédéraux réservés aux « septistes » et passe une partie de son temps à Marcoussis. Mais elle travaille aussi dans son ancienne école lilloise, aux cotés de ses anciens professeurs. Un boulot d’ingénieur-chercheuse qui lui permet d’évacuer toutes les tensions venues de la pratique sportive. Entre les entraînements, les sélections à sept et à quinze et les matchs de son club, les contraintes doivent parfois être lourdes à porter.

Spécialité : la cryptographie

« Je suis en train de négocier pour faire une thèse CIFRE. » Sa spécialité : la cryptographie, la science des codes secrets, une discipline au moins aussi excitante qu’un match France-Angleterre en demi-finale d’un Mondial. On se transporte tout de suite dans une atmosphère de roman d’espionnage, style « Machine Enigma. » Evidemment, aujourd’hui, on utilise l’informatique, pour toujours plus de sophistication. Elle pratique même une sous-discipline, la stéganographie, l’art d’envoyer un message dissimulé dans un autre message. On est loin de la consigne transmise avec la main devant la bouche, technique ancestrale des sports collectifs. Mais que fait-elle quand l’une de ses deux activités majeures lui laissent un peu de répit ? « J’aime bien faire de la pâtisserie, mais quand on fait un gâteau, on est tenté de le manger. Non, ce que j’adore, c’est la lecture : je suis une inconditionnelle de GRR Martin, l’auteur de la série du Trône de fer. J’aime beaucoup l’auteur française de romans policier Fred Vargas, aussi. »

Jérôme Prévot

Journaliste

Féru d'histoire, boulimique d'information, ce supporter des Girondins de Bordeaux et de Dimitri Yachvili (à propos duquel il écrivit un jour : « Une équipe comptant Yachvili dans ses rangs n'a jamais perdu d'avance ») ne cache pas une fascination pour la planète people et pour le rugby international. Il aime tous les débats mais sait se montrer intransigeant : l'amour du maillot est la plus belle des vertus, l'arrêt Bosman un drame absolu. S'il avait un proverbe, ce serait celui-ci : le beau jeu, c'est celui qui gagne.