Face à des défenses toujours plus agressives visant à coincer les attaquants au-delà de la ligne d’avantage, les décalages se trouvent de plus en plus régulièrement susceptibles d’être trouvés par le biais de ce geste technique. Mais encore faut-il être capable de le réaliser…

C’était dimanche dernier, au micro de Canal +. À la mi-temps du match qui opposait son l’ASMCA à Toulon, le capitaine clermontois Damien Chouly livrait une analyse assez particulière de la prestation des siens, mis en difficulté par la défense varoise. « On se fait trop de passes devant la défense. On s’aperçoit que lorsque l’on met le ballon sous le bras, cela va mieux. Il faut continuer comme ça. » Voilà bien un des paradoxes du rugby actuel, où le jeu de passes est de plus en plus souvent synonyme de danger lorsqu’il n’est pas bien réalisé… Le fait posé est ici le suivant, qui veut que les fameuses « dernières passes » permettant de créer un décalage sont à la fois les plus risquées (puisqu’un turnover concédé loin des phases de ruck peut avoir très vite des conséquences dramatiques) mais les plus « payantes » lorsqu’elles sont réussies.

Arme à double tranchant face aux défenses inversées

Pourquoi ? Tout bonnement parce que les défenses modernes délaissent de plus en plus les dix derniers mètres pour monter de manière très agressive et serrée, le dernier défenseur ayant régulièrement tendance à couper les extérieurs. Un système évidemment très efficace lorsqu’il est bien pratiqué, auquel les attaques hésitent logiquement à s’exposer. Reste que des solutions existent face à ce genre de défense, où le dernier défenseur se fixe naturellement en s’avançant pour plaquer l’avant-dernier attaquant au moment où celui-ci reçoit le ballon…

Profondeur et gestuelle

Ces solutions ? Elles consistent, essentiellement, dans une prise de profondeur suffisante et un jeu de passes approprié. À ce titre, ce sont évidemment les Néo-Zélandais qui donnent régulièrement l’exemple, que ce soit par le biais de leur équipe nationale que de leurs franchises en Super Rugby. Les Kiwis réussissant régulièrement à trouver des espaces face aux défenses inversées par des passes sur un pas, forts d’une technique individuelle supérieure aux autres nations. Pourquoi ? « C’est d’abord une question de culture, assure le futur entraîneur toulousain Ugo Mola. En Nouvelle-Zélande, tous les joueurs se trouvent peu ou prou capables de passer le ballon sur un pas. En France comme partout ailleurs, les joueurs capables de les réussir sont moins nombreux. Du coup, les probabilités de les voir en situation de les réaliser sont plus faibles… C’est essentiellement une question de formation. » De formation et état d’esprit, oserait-on ajouter. La politique de sélection du XV de France pour la Coupe du monde, où les joueurs semblent avoir été choisis pour gagner les duels par l’affrontement plutôt que par la passe, en est l’exemple frappant. Or, l’exemple vient toujours d’en haut…

Dissociation, prise d’information et… mitaines magiques !

L’entraîneur des trois-quarts castrais David Darricarrère est on ne peut plus clair : pour effectuer ce geste en match, le joueur a besoin d’une confiance qui ne viendra que par le travail et la répétition à l’entraînement. Première étape, travailler la dissociation des membres supérieurs et inférieurs et l’habileté des mains. « On peut commencer par effectuer des passes à genou, avec tout un tas d’accessoires : ballon de hand ball, de tennis, medicine-ball ou même ballon lesté. La consigne est simple, il suffit de faire la passe le plus rapidement possible », explique le Castrais. Ensuite, on peut passer à la mise en situation, et ajouter le déplacement : « On met le joueur face à une porte matérialisée par des piquets, et on le donne le ballon au dernier moment. De son côté, il doit passer la balle au partenaire avant de franchir la porte. » Pour complexifier, cette porte sera remplacée par un partenaire avec un bouclier, puis sans bouclier. Ce faisant, on ajoute la fameuse dimension de l’appréciation de l’espace-temps, facteur qui présidera au choix d’avoir recours à une passe sur un pas ou non. Enfin, sachez que des équipementiers ont développé toute une gamme de produits visant à travailler la passe, et notamment la dextérité des mains. Par exemple, le fabricant néo-zélandais R80 Rugby propose les mitaines d’entraînement « Great Catch » dans lesquelles sont greffées des balles de tennis. En les portant, le joueur ne peut plus plaquer la main sur le ballon et est contraint de se saisir du ballon par le bout des doigts. À noter que leur utilisation ne se limite pas au travail de passe, mais concerne également le travail sous les ballons hauts ou les prises en touches dans l’alignement.

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